Les mines de Mawchi: voyage en enfer

La région de Mawchi dans l’est de la Birmanie est célèbre pour ses mines d’étain et de tungstène, parmi les plus importantes dans le monde. Dans une région où la guerre civile a longtemps fait rage, les élites militaires de l’ancienne dictature continuent l’exploitation, au détriment des populations et de l’environnement, aujourd’hui dans un état infernal. Fin octobre, une coulée de boue due aux fortes pluies a fait plus de 30 morts.

photo Philip Soe Aung

photo Philip Soe Aung

La mine d’étain de Mawchi dans le sud de l’État Karenni dans l’est de la Birmanie est exploitée depuis des centaines d’années. Exportés par les Britanniques dans le monde entier, l’étain et le tungstène de Mawchi sont d’une grande qualité et Mawchi a longtemps été appelée la petite Angleterre.

Aujourd’hui, les mines sont monopole d’État. L’exploitation est supervisée par la Kayah State Mining Company, la UMEHL Company Limited et le ministère des Mines qui se partagent les profits tout en vendant le matériel à d’autres exploitants privés. Tandis que le Président U Thein Sein a appelé en 2012 les investisseurs étrangers à participer à la modernisation de l’exploitation, les conditions de vie pour les mineurs et les populations alentours ne s’améliorent jamais. Sur le terrain, milices et bataillons de l’armée birmane assurent la sécurité du site et les témoignages de violences aux mains des soldats sont légion dans les villages alentours.

photo Philip Soe Aung

photo Philip Soe Aung

Outre les villages, de nombreux campements précaires se sont développés autour de la mine pour accueillir les travailleurs migrants birmans venus du centre du pays. La cohabitation entre les modes de vie ethniques et l’arrivée des nouveaux venus déchire le lien social et provoque des troubles importants: trafic de drogue, viols, bagarres.

Autour de la mine, la terre, l’air et l’eau sont pollués. La rivière Molo qui coule à proximité est utilisée par les villageois pour la cuisine alors qu’en amont elle reçoit tous les déchets de la mine. Les collines de Mawchi sont en charpie. Les habitations temporaires de mineurs comme les villages s’étalent sur les flancs chauves des monts. Pour survivre, les villageois coupent les arbres pour vendre du bois de chauffage. Le relief en est d’autant plus instable, dépouillé de sa protection végétale.

Les collines constituent un véritable gruyère percé de tunnels sauvages creusés par les mineurs locaux pour récolter quelques profits de la mine. Les explosions régulières de dynamite utilisée pour percer les rochers fragilisent les constructions et ajoutent la touche final au décor apocalyptique. Le sol lui, n’est qu’une couche de terre poussiéreuse et écarlate.

Il y a un mois, la saison des pluies s’est achevée à Mawchi dans un bouquet final dévastateur. Le sol s’est affaissé à plusieurs endroits et les coulées de boue provoquées par les fortes pluies ont emporté des villages entiers. Les glissements de terrains ont fait plus de 30 morts, tandis que près de 10 000 personnes ont dû quitter leur domicile. La montagne est devenue un piège mortel. Sans route ni infrastructure valable, les secours ont eu du mal a retrouver les blessés. De nombreux corps sont encore ensevelis sous la boue.

Mawchi a toujours été un enfer pour les populations locales et les travailleurs. L’accès en est interdit aux étrangers et aux ONGs. Selon les activistes karenni, après la catastrophe de ses derniers jours, les militaires ont réquisitionné tous les dons aux victimes puis les ont redistribué en s’en octroyant le mérite. Le parti au pouvoir en Birmanie, l’USDP proche de l’armée, semble donc avoir utilisé l’aide humanitaire à Maw Chi comme un argument pour sa campagne électorale.

Aux élections du 8 novembre, la zone autour de la mine s’est avérée l’une des seules favorables au parti de l’ancienne junte. Les manœuvres de l’armée et du parti de la junte ont probablement porté leurs fruits. Et les milices omniprésentes qui ont  l’appui du gouvernement et assurent la sécurité du site ne sont sans doute pas étrangères à ce résultat.

photo Philip Soe Aung

photo Philip Soe Aung

Philip Soe Aung, 22 ans, jeune activiste de L’Union des Jeunes de l’État Karenni raconte son séjour à Mawchi pour apporter de l’aide aux villageois.

« Je suis membre de UKSY. A Loikaw, on a réuni de la nourriture et du matériel pour les victimes de Mawchi. On est allés là-bas en arrivant par le village de l’autre coté de la montagne. Sinon, l’armée réquisitionne tous les dons pour les distribuer ensuite pour son propre compte.

La pluie et le brouillard sont partout. On ne voit rien autour de nous, on se sent étouffés. Partout il n’y a que de la boue, qui a englouti toutes les habitations et risque de nous engloutir aussi. Nous sommes à peu près dix, avec nos cirés, on essaie d’avancer dans la boue en direction des villages ensevelis. Il n’y a plus ni route, ni chemin. Il faut marcher sur le flanc de la montagne, alors que les coulées de boue pourrait arriver n’importe quand. On avance en file indienne en tenant une corde, pour ne pas se perdre de vue ou s’enfoncer. On découvre les restes d’un village. Toute une maison vide, et tous les ustensiles et le mobilier renversés, brisés parterre. Plus loin, tous les membres de la famille qui ont été ensevelis sous la boue en essayant de s’enfuir. On a tous peur de subir le même sort. on se dit que nous aussi on pourrait finir en réfugiés, sans toit ni nourriture.

Plus loin, tous les ponts sur la rivière ont été détruits. L’armée en a reconstruit un petit pour faire passer ses pickups. Un peu partout on voit des soldats qui aident, mais aussi d’autres qui surveillent, l’arme au poing. A un moment, un camion de l’armée s’arrête à notre hauteur. Ils veulent savoir qui on est. Je ne pense pas qu’ils aident beaucoup. Ils font surtout peur aux gens.

Vers le camp, il y a un homme qui nous interpelle et nous hurle dessus. « On n’a pas besoin de votre aide, allez-vous en. Les morts n’en ont rien à faire de vos vivres ! » Au début, j’ai envie de m’énerver contre lui. Mais je comprends ce qu’il veut dire. ça fait des années que les conditions ici sont invivables, personne n’a rien fait. Le gouvernement ou les entreprises ne reconnaissent pas leur responsabilité. Et aujourd’hui, l’aide arrive quand il est trop tard. »

Matthieu Baudey

Publicités
Cet article, publié dans Social, Uncategorized, est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s