Vie de réfugié

Dans la jungle montagneuse à la frontière entre Thailande et Birmanie, 14000 réfugiés du groupe ethnique Karenni de Birmanie vivent dans un camp à quelques kilomètres du village thaïlandais de Nai Soi. Déplacés par les conflits entre l’armée birmane et les groupes ethniques rebelles, ils sont aujourd’hui reclus dans un périmètre de 5 km dont ils ne peuvent sortir. Sans statut défini, ni Birmans, ni Thaïlandais, ils continuent de vivre en suspens, dans des conditions toujours précaires.

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Khu Baw Reh Htoo

« Je m’appelle Khu Baw Reh Htoo. J’ai trente ans. Je suis arrivé ici en 1996 avec ma famille. Je suis né dans l’Etat Kayah de Birmanie, canton de Shadaw, à l’est. A l’époque, il y avait beaucoup de conflits entre l’Armée et le Karenni National Progressive Party. L’armée harcelait constamment les gens de mon village, les accusait d’être des espions. Ils trouvaient toujours une raison d’ennuyer les gens. Ma famille et beaucoup d’autres ont décidé de partir.

Ici, c’est pas grand et personne ne peut sortir au delà du check-point de la police thaïlandaise. Mais j’ai pu avoir une bonne éducation. En Birmanie, les écoles du gouvernement sont chères et on est pas en sécurité. Ici, c’est plus facile d’étudier, mais c’est la seule chose que l’on a. On a pas le droit de travailler et pour certaines familles nombreuses, ce n’est facile de vivre seulement sur les rations fournies par TBC (Thai Border Consortium, qui s’occupe de l’aide alimentaire aux réfugiés).

Maintenant, je suis chargé de développement à l’association pour la promotion de la culture Kayah. Parce que beaucoup de gens de notre ethnie ici, ne se souviennent plus de leur terre natale et ils ont du mal à parler Kayah. Dans l’avenir, j’aimerais quitter le camp et rentrer en Birmanie. C’est ma priorité. Même s’il y a des élections, dans l’État Kayah, il y a toujours beaucoup de problèmes. Je veux attendre de voir si la situation change vraiment. Si c’est le cas, je rentrerai, deviendrai prof, pour aider le développement de ma région.

J’attends les élections de novembre, peut-être que la NLD (National League for Democracy) fera changer les choses. Mais pour l’État Kayah, l’important c’est le cessez-le-feu entre Armée et KNPP et la fin des abus commis par les militaires.

Je voudrais retourner à Shadaw, là d’où je viens, mais il n’y a plus rien là-bas, les conditions ne le permettent pas. Les routes sont mauvaises, il y a toujours des mines anti-personnelles. Mais je ne veux pas atterrir ailleurs, être un étranger sans terre ni moyen de subsister. Il faut qu’on ait quelque chose où retourner.

J’ai une femme et un fils. Ma femme a postulé auprès du UNHCR (haut commissariat aux réfugiés de l’ONU) pour obtenir le droit de s’installer aux États-Unis. Elle a peur de rentrer en Birmanie. Moi, je ne veux pas partir. C’est un très compliqué pour nous, on ne veut pas non plus être séparés. Si les conditions dans le pays s’amélioraient, ça règlerait le problème. »

Propos recueillis par Matthieu Baudey et Carole Oudot

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