Une semaine de festivités pour célébrer Kayah Day

Le 15 janvier, les habitants de l’État Kayah en Birmanie célèbrent massivement la fête « nationale » du peuple kayah. L’occasion rassemble à Loikaw, la capitale, des milliers de personnes. Pendant une semaine entière, la fête bat son plein, tandis qu’autorités et organisations issues de la société civile n’oublient pas sa teneur politique.

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En temps normal, le stade de Loikaw et ses environs ne sont qu’un immense terrain vague poussiéreux d’herbes jaunies où il est difficile d’imaginer qu’on puisse pratiquer un quelconque sport. Après la fête, il ne restera qu’un vaste champ de ruines couvert de déchets.

Mais pendant une semaine, l’endroit sera occupé par un océan de tentes, chapiteaux et autres étals où des milliers de personnes viendront écouter des discours, danser, boire, manger, jouer, commercer ou se laisser amadouer par des diseuses de bonne aventure. Toute la semaine qui entoure le 15 janvier, c’est dans ce chaos exceptionnel qu’ont lieu les festivités de Kayah day.

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Les réjouissances commencent le dimanche précédent, par une course de rameurs sur le lac. La fête se poursuit aux abords du stade, qui devient le centre névralgique de la ville. Tous les passants se rendent à la fête ou en reviennent. Les parkings pour scooters pullulent aux alentours et il vaut mieux encore s’y rendre à pied tant la circulation est confuse.

Un événement riche en paradoxes

Le 15 janvier marque le moment où l’État Karenni a été restructuré et rebaptisé Kayah en 1952. Cette date est donc surtout une occasion de revendiquer l’identité et la culture des ethnies kayah. Mais aussi de réaffirmer les engagements de la minorité en faveur de la démocratie, dans une période où le conflit entre groupes ethniques et gouvernement n’est pas tout à fait résolu.

Dans un grand espace un peu à l’écart des entrailles de la fête, sont installés les stands d’information officiels et une grande scène pour les discours politiques. On y trouve par exemple de la documentation sur les bienfaits de l’énergie électrique produite par les nombreux barrages de la région. Tandis qu’à quelques pâtés de maisons, des quartiers entiers sont privés de courant pour les besoins du festival. Un autre stand est là pour expliquer le recyclage et le respect de l’environnement. Mais dans toute la périphérie de la ville, l’absence de ramassage oblige les habitants à brûler leurs déchets. À côté, de nombreuses tentes sont consacrées au travail des innombrables ONGs qui opèrent dans la région.

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Il va sans dire que ces stands sont quasi déserts. La foule est rassemblée à quelques pas dans le dédale des marchés, débits de boissons et autres attractions de fête foraine. Le vin de riz traditionnel arrose les tables dès le matin et ce n’est que pour un événement pareil qu’il est possible de manger un mohinga (plat typique servi au petit déjeuner) à toute heure de la journée.

Kayah Day, c’est également une immense fête foraine où la jeunesse se défoule et fait le plein de sensations fortes dans des manèges un peu rustiques. Une grande roue au centre du site est actionnée par des sortes de spider-men qui grimpent sur la structure métallique pour la faire tourner.

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Faire passer un message

À proximité du stade où a lieu le soir du 14 un concert très attendu, se tient un festival itinérant de films sur les droits de l’homme. Kayah Day est aussi le moment de faire passer un message politique pour toutes les organisations qui, dans l’État Kayah se battent pour défendre les droits des populations.

Gregorio, militant membre de UKSY (Union of Karenni State Youth) prend la pose pour le human rights film festival.

Gregorio, militant membre de UKSY (Union of Karenni State Youth) prend la pose pour le human rights film festival.

Le KNPP, principal groupe armé de la région, a signé un cessez le feu avec le gouvernement central en 2012. Depuis, de nombreuses organisations locales continuent de dénoncer les nombreux abus dont les populations rurales sont victimes aux mains de l’armée. Malgré l’accord de paix, la présence militaire dans le secteur continue d’être renforcée pour sécuriser les nombreuses ressources naturelles dont le gouvernement confie l’exploitation à de grosses entreprises.

Le nom même de Kayah pose encore problème. En 1952, ce nom qui désigne seulement l’une des branches de l’ethnie karenni, a été adopté en plein conflit pour désolidariser les groupes armés karenni de la lutte menée par les Karen de la même famille ethnique. Les frontières de l’État ont elles aussi été redessinées, laissant bon nombre de villages karenni hors-limite, isolés de toute assistance. Aujourd’hui, récupérer le nom Karenni et les frontières qui vont avec est un objectif de long-terme pour beaucoup d’organisations militantes de la région.

Les festivités de Kayah Day n’en sont pas moins populaires. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse.

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Matthieu Baudey

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